Apple signe, persiste, insiste, ne lâche rien : voilà que sort l’i-phone 13, avec des caméras et batteries plus performantes, et une capacité 5G qui sera étendue à plus de 200 opérateurs téléphoniques dans 60 pays et régions d’ici la fin de l’année. So what ?

La question qui se pose, ce n’est pas celle des nouvelles fonctionnalités qu’apporte l’i-phone 13, mais plutôt… L’utilité de la sortie d’un l’i-phone 13. Et, question subsidiaire : à quand un i-phone durable et réparable, qui réponde à la seule bonne raison d’amélioration de la version précédente, à savoir aller vers un avenir viable ?
Mais ces questions cruciales ne semblent pas concerner Apple.

Des déchets électroniques, et toujours plus de chiffre d’affaires

Les humains génèrent près de 54 millions de tonnes dans le monde, selon l’étude Global E-waste Monitor 2020 reprise par Statista. Un chiffre en hausse de 21% sur cinq ans. Ce que ces déchets deviennent ? Rien : plus de 80 % ne font l’objet d’aucune traçabilité, et terminent dans des incinérateurs, ou dans des décharges.

Dans ce contexte, l’ensemble des acteurs prenant part au cycle de vie des produits sont concernés, et doivent contribuer à faire évoluer la situation. A commencer par les constructeurs de produits high-tech ! En intégrant des principes d’éco-conception à leurs produits, ils permettraient la simplification du recyclage. Par exemple.

Le font-ils ? Pas tous. Et certainement pas Apple.
Le CA d’Apple s’établit, au troisième trimestre 2021, à 81,4 milliards de dollars, soit 36 % de mieux annuellement. C’est un record absolu pour cette période de l’année. Il faut se rendre compte que depuis 2017, le CA du T3 dépassait quelque peu les 50 milliards et les 60 milliards avaient été manqués de rien l’année dernière. Là, Apple a avalé plusieurs marches d’un coup.

Moins de métaux rares, toujours plus de production

Le CEO d’Apple, Tim Cool, doit être ravi. Sait-il que sur les 849.450 iPhone vendus par jour (soit 35.393 toutes les heures, ou 590 toutes les minutes), seuls 15 % sont recyclés en fin d’usage, selon une étude réalisée conjointement par l’Agence française de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) et l’ONG France Nature Environnement ?

Sa réponse est toute prête : Apple, qui communique sur un impact « zéro » sur le climat d’ici 2030, a fièrement annoncé que les nouveaux iPhone sont produits à partir de terres rares recyclées. «Pour la première fois, nous utilisons 100% de terres rares recyclées dans tous les aimants, y compris la nouvelle caméra», a déclaré Lisa Jackson, directrice des politiques du groupe californien en matière d’environnement, lors de la présentation de l’iphone 13.

C’est super. Il n’en reste pas moins que 849.450 iphone sont vendus chaque jour. Et si c’est une bonne nouvelle pour Apple, qui, comme tout bon élève de ce système capitaliste, vise à toujours vendre plus, c’est une très mauvaise nouvelle pour la planète.

L’obsolescence programmée, on en parle ?

De fait, Apple n’utilise qu’une infime partie de ses profits pour mettre en pratique des principes d’éco-conception, ou pour mettre en place des circuits simples et efficaces de recyclage en fin de vie.
Apple, bien au contraire, préfère proposer régulièrement de nouvelles versions plus sophistiquées ou des mises à jour incompatibles avec les précédents modèles, privilégiant l’obsolescence esthétique et logicielle. La firme préfère réduire toujours plus la durée d’utilisation de ses téléphones, avec des batteries ne pouvant supporter qu’un nombre limité de cycles de charge (300 à 400 cycles soit deux à trois ans d’utilisation). Et elle préfère rendre toujours plus complexe la réparation, avec des produits quasi indémontables et des pièces de rechange indisponibles, autant de cas d’obsolescence technique.

Il y a peu, Greenpeace épinglait le géant, en pointant du doigt des réparations impossibles, des batteries irremplaçables, et des coûts de réparation exorbitants. En décembre 2017, Halte à l’obsolescence programmée (Hop) lançait un pavé dans la mare du commerce français des smartphones, en déposant une plainte contre Apple.  L’association y accusait la société américaine de brider ses anciens modèles d’iPhone via une mise à jour du système d’exploitation, et ce, au moment même de la sortie de l’iPhone 8, afin de pousser ses clients à acheter le nouveau modèle.

Apple s’est-il saisi de la question ? Absolument pas. Alors que notre vieux Nokia 3310 sorti en 2000 a fonctionné pendant des années sans poser de problème, le dernier iPhone 12 demande une attention toute particulière pour dépasser deux ans. Si bien que nous changeons de téléphone portable environ tous les 20 mois selon l’UNEP (Programme des Nations Unies pour l’environnement).

Des alternatives simples comme bonjour

Pour obliger Apple à revoir sa copie et à relever le défi face aux enjeux climatiques phénoménaux qui nous attendent, boycottons l’iphone 12. Lorsque Apple réalisera que le critère de la durabilité devient important pour ses consommateurs, il finira par agir.

Mais attention : il ne s’agit pas de répercuter notre achat sur un autre téléphone portable coûteux pour l’environnement : pour celles et ceux qui ont les moyens, les alternatives existent, et des entreprises telles que Fairphone ont montré qu’il était possible de fabriquer des téléphones portables responsables : soutenons-les !

Meilleure alternative encore : renvoyer votre téléphone portable abîmé, cassé ou trop vieux, et en acheter un en version reconditionnée sur BackMarket. Même les inconditionnel.les des iphone y trouveront leur bonheur, sans participer à faire grossir ces montagnes de déchets électroniques qu’on ne saurait voir.