Exploitation des enfants, déforestation… à Pâques, pas de label, pas de chocolat !

Après Noël, les soldes, la Saint Valentin, c’est parti pour une nouvelle fête de la surconsommation et de l’excès : Pâques ! Son week-end de trois jours, ses repas riches en famille… Et surtout ses chocolats à outrance !

Bon, entendons-nous bien, il n’est pas question de se priver de chocolat cette année. On en croquera bien quelques uns.
Sauf que.

PS : MERCI à Idécologie pour leurs géniales petites infographies, qui nous permettent d’illustrer et de compléter notre article avec quelques chiffres pertinents ! 

La déforestation fait mal au ventre

L’amère déforestation du chocolat  : c’est le nom de l’enquête menée en 2017 par l’ONG Mighty Earth, et qui pourrait bien vous donner une indigestion avant même d’avoir croqué dans le moindre chocolat de Pâques. Selon l’ONG, une quantité importante du cacao avec lequel Mars, Nestlé, Hershey, Godiva et d’autres grandes marques fabriquent leur chocolat est cultivée illégalement en Côte d’Ivoire et au Ghana, les plus grands producteurs de cacao au monde. Plusieurs parcs nationaux et aires protégées ont ainsi vu 90 % de leur surface, voire davantage, convertie en cultures de cacao. En Côte d’Ivoire, la déforestation a chassé les chimpanzés qui vivent aujourd’hui dans des petites poches de forêts, et a contribué à réduire drastiquement la population d’éléphants à quelques centaines de spécimens, quand le pays pouvait s’enorgueillir jadis d’en compter plusieurs dizaines de milliers.

Trois sociétés, Cargill, Olam et Barry Callebaut, contrôlent à elles seules près de la moitié du marché mondial du cacao. L’enquête de Mighty Earth a remonté la filière du cacao, des cultivateurs installés dans les parcs nationaux aux intermédiaires et jusqu’aux négociants qui vendent ensuite ce cacao en Europe et aux États-Unis, là où les grandes sociétés de chocolaterie le transforment en tablettes, barres, pâtes à tartiner et en-cas. « Le degré d’implication de marques célèbres de chocolat comme Mars dans la destruction des parcs nationaux et des aires protégées est choquant », a déclaré Etelle Higonnet, Directrice juridique et Directrice de campagne pour Mighty Earth. 

Idécologie Infographie cacao 1- La planète

Conséquences de la production de cacao en masse sur la planète, Idécologie.

L’exploitation des travailleurs fait mal au coeur

« L’industrie du cacao poursuit son exploitation des forêts et des communautés d’Afrique de l’Ouest pour un cacao vendu pour une bouchée de pain », a déclaré Sindou BAMBA, Coordinateur général de Regroupement des acteurs ivoiriens des droits humains (RAIDH). « Mais ce cacao bon marché coûte en revanche fort cher à la Côte d’Ivoire en matière de déforestation et d’abus des droits humains. Il est grand temps que ce secteur achète le cacao à un prix décent aux agriculteurs et qu’il mette en œuvre des pratiques de production durables afin d’assurer la résilience des écosystèmes locaux. » De fait, les cultivateurs de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana gagnent en moyenne moins de 0,82 $ par jour et travaillent dans des conditions dangereuses. Par ailleurs, le travail des enfants reste encore une pratique courante pour ce secteur, malgré les promesses de nombreux chocolatiers d’éliminer cette pratique. Selon Le Forum International des Droits du Travail, plus de 500 000 enfants travaillaient encore dans des plantations d’Afrique de l’Ouest en 2015, au détriment de leur éducation et de leur santé. Ils seraient encore aujourd’hui au moins 250 000 (CF infographie ci-dessous). 

Idécologie Infographie cacao 2

Conséquences de la production de cacao en masse sur les humains, Idécologie.

Notre remède : le boycott citoyen

La plupart des entreprises chocolatières ont lancé ces dernières années des programmes de développement durable, avec un accent important sur l’augmentation de la productivité de la culture du cacao. Mais selon l’ONG Oxfam, la chute des prix du cacao leur a permis d’augmenter leurs profits d’environ 4,7 milliards de dollars (le prix du chocolat à la consommation restant pratiquement inchangé). En 2017, il s’est avéré qu’aucun des nombreux programmes de développement durable ne pourrait avoir un impact sans que ne soit fixé un prix stable, garantissant un revenu décent aux petits producteurs et productrices.

Dans l’attente, l’enquête de Mighty Earth conclut que Mars, Hershey, Mondelēz et Ferrero font partie des poids lourds du chocolat qui achètent du cacao cultivé illégalement sur des aires protégées. Et c’est la raison pour laquelle nous, boycotteurs et boycotteuses citoyennes, nous engageons à ne plus acheter de chocolat appartenant à ces marques.

Mais pas de panique : boycotter ces marques ne reviendra pas à nous priver de chocolats ! Les alternatives responsables se trouvent par ici 😉

Ouf, il existe des chocolats qui ne font mal ni à la planète, ni aux travailleurs (à notre ventre, c’est une autre histoire)

En France, on adore le chocolat. Plus précisément, on l’engloutit : 405.000 tonnes de chocolat ont été consommées par les Français en 2015, soit environ plus de 12 kilos par seconde. La France est le 7ème pays consommateur de la fève de cacao en Europe avec 6,7 kg par an et par habitant, et il y a dans notre pays 97 % de gourmands qui consomment du chocolat au moins… une fois par semaine ! Mais le meilleur moment pour déguster du chocolat, ça reste sans aucun doute Pâques…

Idécologie Infographie cacao 1 - Les français

Alors, on se demande, quand même : savourer des chocolats à Pâques sans gâcher la fête, c’est possible ? Du cacao qui ne provient pas de la déforestation et de l’exploitation des hommes et des enfants, c’est de l’ordre de l’envisageable ? Rangez vos mouchoirs, la réponse est oui ! L’ONG Green America a réalisé en 2018 un classement des marques de chocolat les plus vertueuses et celles à éviter. Evidemment, la plupart sont américaines, mais on peut retenir dans le top du top la marque équitable Alter Eco (on s’en doutait, les moins bien classées sont les marques Ferrero et Godiva).

De fait, pour acheter du chocolat en étant certain de ne pas contribuer au travail des enfants, le mieux reste de choisir du chocolat labellisé. Aujourd’hui, le principal label qui garantisse des conditions de travail décentes et le respect de l’environnement est le label de commerce équitable Max Havelaar. Les garanties ? Un juste prix pour les producteurs, et le respect des droits humains, notamment des enfants. Certaines marques se sont spécialisées dans le commerce équitable, comme Puerto CacaoArtisans du Monde ou Ethiquable. Ethiquable par exemple, travaille, pour ses chocolats, avec une coopérative de producteurs haïtiens. Le chocolat d’Haïti est un grand cru de particulièrement bonne qualité et peu présent dans l’offre classique des distributeurs. Ce partenariat garantit de nouvelles plantations dans un pays dévasté par la déforestation et les séismes meurtriers, et le différentiel « permet de payer le cacao aux paysans 30 % de plus que les intermédiaires locaux, tout en couvrant des investissements (séchoirs, locaux…) et des actions de formation et d’animation », rapporte Ethiquable.

Alors certes, ces marques sont un peu plus chères, mais on oublie pas que le chocolat doit rester un produit qui se croque occasionnellement (ne serait-ce que pour notre ligne), on aura d’autant plus plaisir à le déguster !

Vous avez tout bien suivi ? Petite infographie récap’ pour mieux consommer ses chocolats de Pâques et même les remplacer, merci Idécologie !

Idécologie Infographie cacao 3

(1) Chiffres : Planetoscope