Davos : parler du climat, d’accord, mais jamais sans mon jet privé…

On pourrait presque en rire si ça ne donnait pas autant envie de pleurer : à l’heure où la planète lance ses derniers ultimatums et où les populations grondent leur colère et leur inquiétude, les dirigeants et chefs d’entreprise se rendent à Davos (Suisse) pour parler climat… en jet privé.

Jets privés, hélicoptères et limousines au programme

Selon Air Charter Service, relayé par The Guardian, le nombre de déplacements en avion privé a augmenté de 11% sur l’ensemble de l’année dernière, où plus de 1.300 vols privés avaient été recensés vers Davos, un record depuis l’établissement de statistiques en la matière. Cette année, ce sont plus de 1300 jets privés qui ont fait le déplacement

Mieux : une fois arrivés dans des aéroports tels que Zürich, à deux heures de train de Davos, les passagers de ces vols privés poursuivent souvent leur voyage en hélicoptère, pour gagner du temps. Avant de terminer en limousine.

Greenwashing et bonne conscience au menu

On pourrait se dire, au bout du bout de notre bonne volonté et de notre envie d’y croire encore, que la fin justifie les moyens, et que quelques jets de plus ne seraient qu’une goutte de pétrole de plus dans la mer, si le but des patrons était de s’atteler, enfin, au dossier brûlant du changement climatique dont ils sont très largement responsables.

Cette année ne fait pas exception à la règle : au Forum économique mondial de Davos, tout le monde se veut écolo. Nature friendly. Eco-responsable. Irréprochable. D’ailleurs, les ustensiles à usage unique ont été bannis ; les blocs de quatre poubelles à recyclage sont la norme ; les buffets proposent des plats végétariens ; les moquettes sont fabriquées à partir de filets de pêche usagés ; les peintures du décor sont à base d’algues… et tout le monde parle de planter des arbres, beaucoup et partout.

Vraiment ?
Nous, nous n’y croyons plus. Chaque année, les stars de Davos s’insurgent contre les rémunérations excessives des PDG, les excès de la mondialisation, les inégalités croissantes… Avant de revenir (en jet toujours) dans leurs beaux pays, dans leurs grands bureaux, et de reprendre, sans mauvaise conscience aucune, les commandes de leurs entreprises odieusement irresponsables.

Ah bien sûr, ils jurent leurs grands dieux : en 2008 et 2009, déjà, ils avaient promis qu’ils mettraient bon ordre aux extravagances de la finance mondiale. Les gouvernements élus ont fait leurs petits pas, les industriels ont continué à pratiquer sans vergogne l’optimisation fiscale et l’augmentation scandaleuse de leurs émoluments faramineux…

Car une chose est sûre : ce ne sont pas les chefs d’entreprise responsables de la catastrophe climatique en cours qui vont décider de s’asseoir sur leurs profits pour offrir un autre avenir aux Bangladais qui fabriquent leurs costumes, aux Chinois qui fabriquent leurs smartphones, ou aux enfants de RDC qui s’enfoncent dans la terre pour chercher leur cobalt. Les seuls à pouvoir mettre fin à ce système profondément injuste pour les hommes, et terriblement dangereux pour notre avenir, c’est nous !

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Depuis le mois d’octobre 2018, le Boycott Citoyen initie des boycotts au long court de certains produits et groupes (Nestlé, Coca-Cola, MacDo…) mais aussi de pratiques néfastes (le plastique à usage unique, les voyages professionnels en avion, la surconsommation lors des fêtes commerciales etc.).
Nous organisons régulièrement des journées sans achat pour initier des actions coup de poing et montrer l’impact de consommateurs qui prennent le pouvoir. Le Boycott Citoyen a également organisé 10 jours de résistance contre le plastique qui ont mobilisé des dizaines de milliers de personnes dans plus 40 villes en France en mai 2019.
Chaque jour, sur www.boycottcitoyen.org, retrouvez des articles qui vous aident à éviter les produits irresponsables, et à adopter de nouvelles pratiques respectueuses de l’environnement et de l’homme.
Sur la page Facebook du Boycott citoyen, la communauté des boycotteurs et boycotteuses citoyen.nes échangent leurs idées, astuces et bons plans, donnant du poids au mouvement global… Motivant !

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Vous suivez le Boycott Citoyen ? Vous avez initié des changements dans vos modes de consommation grâce aux alternatives proposées ? N’hésitez pas à soutenir nos actions sur Tipeee !

Diminution de la fiscalité des entreprises et particuliers fortunés : l’odieux graphique

Vous avez dû voir passer l’étude édifiante et néanmoins prévisible publiée cette semaine par Oxfam, « Partager la richesse avec celles et ceux qui la créent » : des richesses générées l’année dernière, 82 % ont profité aux 1 % les plus riches de la population mondiale, alors que les 3,7 milliards de personnes qui forment la moitié la plus pauvre de la planète n’en ont rien vu.

Vous voulez d’autres chiffres ?

  • Le patrimoine des milliardaires a augmenté en moyenne de 13 % par an depuis 2010, soit six fois plus vite que la rémunération des travailleuses et travailleurs, qui n’a progressé que de 2 % par an en moyenne. Entre mars 2016 et mars 2017, le nombre de milliardaires a augmenté plus rapidement que jamais, à raison d’un nouveau milliardaire tous les deux jours.
  • Quatre jours suffisent au PDG de l’une des cinq premières marques mondiales de mode pour gagner ce qu’une ouvrière de la confection bangladaise gagnera au cours de sa vie. Aux États-Unis, en à peine plus d’une journée de travail, un PDG gagne autant qu’un simple ouvrier en une année.
  • Porter les salaires des 2,5 millions d’ouvrières et ouvriers du textile vietnamiens à un niveau décent coûterait 2,2 milliards de dollars par an. Cela équivaut à un tiers des sommes versées aux actionnaires par les cinq plus grands acteurs du secteur de la mode en 2016.

Voici le graphique qui dit tout : réalisé à partir d’un échantillon de vingt pays riches, il provient des travaux de chercheurs américains (K. Scheve et D. Stasavage, Taxing the Rich : A History of Tax Fairness in the United States and Europe, Princeton University Press, 2016.)

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Lutter pour notre avenir, c’est donc, clairement, dénoncer la diminution de la fiscalité des grande entreprises.

Contrairement à ce que raconte allègrement Emmanuel Lechypre, le chroniqueur éco de BFMTV (poubelle), le week-end du 26 janvier, nous avons tous rendez-vous dans la rue parce que nous ne voulons, nous ne pouvons porter seuls le fardeau des enjeux climatiques, et que nous exhortons nos dirigeants à sortir de leur inertie. Cette inertie, ils ont du mal à en sortir, et pour cause : afin de limiter la portée du tsunami climatique qui nous attend, c’est un virage à 180 degrés qu’il nous faut prendre. Ce qu’il nous faut envisager, c’est la sortie de tout un système. Cela va se faire dans la douleur, et nous le savons. Mais nous sommes prêts à prendre le risque, parce que nous n’avons plus le choix. Et parce que ce système, de toute façon, nous n’en voulons plus.
Les Gilets Jaunes n’en veulent plus. Les profs, les étudiants, les personnels hospitaliers, les retraités n’en veulent plus. Les ouvriers bangladais, chinois et indiens n’en veulent plus, les migrants climatiques, économiques, les migrants de guerre n’en veulent plus.
Le système auquel nos dirigeants doivent mettre fin, c’est un système néfaste pour 90% de la population, et bénéfique pour 10% de la population, dont ils font partie. C’est un système profitant aux 100 entreprises responsables de 71% des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1988.